Victor,
scénographe & bordélique

10 Février 2016

Infos

Âge : 31 ans
Profession(s) : scénographe et constructeur
Nationalité(s) : française
Signe distinctif : menait une carrière de clown avant de devenir scénographe. 

 

Actus

Travaille sur différents projets, notamment avec Delphine Hecquet et sa compagnie Magique-Circonstancielle.
L'excellent spectacle Balakat sera en tournée en 2016-2017.

Allez jeter un œil sur son travail : victor/melchy
 

Quand il y a un truc bizarre à fabriquer, on me téléphone.
— Victor

L'interview

Rencontre avec Victor, véritable phénomène, mais surtout scénographe et constructeur.
Il nous décrit les coulisses d'un métier plutôt inhabituel. 

 
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Comment devient-on scénographe ?

N'étant pas un assez bon clown à mon goût, je me suis mis à regarder ce qu'il y avait derrière la scène, dans le milieu du cirque notamment. Ça m'a donné envie de recommencer à étudier, et je suis entré aux Arts Déco. J'hésitais entre faire du dessin et faire un truc que je ne connaissais pas du tout. La scénographie m'a attiré parce que je ne savais rien faire dans ce domaine. J'ai trouvé là-dedans une manière de regarder et d'exprimer le dessin dans un espace réel. Ensuite, ce qui m'a amené au théâtre, c'est la rencontre avec une compagnie, le Théâtre Arnold de Clara Schwartzenberg, qui travaille sur des pièces géorgiennes. C'est grâce à elle que j'ai commencé.


À quoi ressemble un contrat de scénographe ?

Quand j'ai commencé j'étais encore étudiant, alors je faisais mes armes avec des projets gratuitement. Quand il a fallu manger, j'ai réalisé que j'avais beaucoup de cordes à mon arc, car je savais faire plein de choses différentes. L'intermittence me semblait être un véritable carcan, parce qu'en tant que scénographe on ne fait pas les tournées, et il est donc difficile d'atteindre le nombre d'heures nécessaire. Je facturais mes créations en tant qu'indépendant. Ça a fonctionné comme ça de façon exponentielle, jusqu'à cinq spectacles par an en 2014. En revanche 2015 a été une année noire, avec des subventions supprimées, des spectacles annulés…Heureusement, j'ai eu l'occasion de travailler sur le spectacle Balakat, de Delphine Hecquet, que l'on pu voir au Festival Impatience. J'ai aussi eu la chance d'être embauché comme chef-décorateur sur un film, puis pour la télé en tant qu'accessoiriste, ce qui a sauvé mon année. Je ne veux surtout pas avoir de contrat permanent, et être libre d'accepter plusieurs projets. Quand tu es scénographe, tu gagnes à peu près 1200 euros par mois. Beaucoup plus dans le cinéma. 

 

 

Raconte-nous une journée type.

Je me lève vers 7h, et plie les affaires courantes entre 8h30 et 9h30 : le suivi de projet, les devis, les commandes auprès des fournisseurs, les mails…Vers 9h30, je reçois un coup de fil de trente minutes au sujet d'un ennui quelconque. C'est le temps qu'il faut à la personne en face pour allumer son ordinateur, prendre conscience du problème et décider de t'en parler, voire de te le déléguer. C'est d'ailleurs pour ça que j'étais en retard ce matin ! Après, tout dépend si je travaille en scénographie ou construction. Lorsque je suis constructeur, je reste à l'atelier de 8h30 à 17h30, avec quelques pauses, juste histoire d'avoir le temps de se blesser. Si je suis scénographe, la journée commence par quelques heures de fantaisie et de papillonage. Je lis, je fais d'autres trucs. Je me remets au dessin vers 10h30, jusqu'à 15h. Ensuite je déjeune, et enfin je fais autre chose.


Y a-t-il une hiérachie chez les scénographes ?

Un scénographe a toujours une autre casquette pour gagner sa vie : je connais des scénographes constructeurs, régisseurs, assistants, dramaturges…C'est aussi une question d'heures, on ne peut pas être uniquement scénographe à moins d'avoir une entreprise, et de travailler en muséographie par exemple. En ce qui me concerne je suis aussi constructeur. Quand il y a un truc bizarre à fabriquer, on me téléphone. Pour le tournage de l'année dernière, c'était un hérisson gonflable.

 
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Est-ce que tu vas voir les spectacles sur lesquels tu travailles ?

Je viens à la première, la troisième et la dernière représentation. La première parce que c'est magique. La troisième parce que la deuxième est traditionnellement nulle, et que c'est là qu'on trouve le second souffle de ce qui va se répéter au fil des représentations. Même pour ça j'ai des protocoles, c'est important parce que je suis extrêmement bordélique. Je gère toute ma vie avec des protocoles, et à chaque fois que j'en déroge, je me plante ! C'est d'ailleurs pour ça que j'ai fait mon mémoire sur l'erreur.


Quel serait ton meilleur souvenir de scénographe ? 

C'était en Georgie, pour ma première scénographie sur une pièce de là bas. On était invité au festival de Tbilisi et cette pièce qui en france ne suscitait pas vraiment d’émois s’est avérée avoir un enjeu très important pour le public géorgien. La salle était remplie à ras bord d'élèves comédiens, jusque dans les allées. En Géorgie, on joue peu de pièces contemporaines, et encore moins celle d’un jeune auteur comme Lasha Boughadze qui bouscule les codes familiaux géorgiens et parle de la guerre éclair contre la russie . Les jeunes étaient en délire, ils connaissaient cette pièce, mais ne l'avaient jamais vue sur scène. Au moment où le spectacle devait se finir, un vieil homme aux cheveux blancs se lève avec sa canne, bouscule tout le monde et quitte la salle en hurlant : « Je vais pas au théâtre pour voir le reflet de la situation de mon pays ! ». J'ai trouvé que cette proximité entre le théâtre et le quotidien des gens était extraordinaire.

 
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Merci Victor et à bientôt !