Maxime,
Directeur d'école & Indépendant

2 Mars 2016

Infos

Âge :  39 ans
Profession(s) : directeur d'école, auteur, metteur en scène et comédien
Nationalité(s) : française
Signe distinctif : écrit des pièces de théâtre sous un pseudonyme

 

Maxime Franzetti
Les élèves ont les clés de l’école.
— Maxime

L'interview

Rencontre avec Maxime Franzetti, fondateur  et directeur du Laboratoire de Formation au Théâtre Physique, école unique en son genre, et en constante évolution.

 
 

Comment est née l'idée de lancer une école ?

Tout le monde peut créer une école, c'est rester sur la durée qui est difficile. En ce qui me concerne je suis un autodidacte, c’est le terrain et le travail engagé depuis 10 ans qui m’ont appris à être un passeur ! Ce qu'il faut comprendre, c'est que je ne « donne » pas des cours de théâtre : le matin je me lève et je « fais », on fait du théâtre. Ici,  pas de pédagogie : on réfléchit à notre société , on traduit les comportements face à des situations, on veut savoir qui et comment sont les gens, à travers les grands textes du répertoire, de la littérature, des essais... On fait jeu de tout . Si l'école s'appelle Laboratoire de Formation au Théâtre Physique, ça veut vraiment dire quelque chose. Le théâtre physique, c'est pas des cabrioles sans but, c'est DU théâtre, mais j'ajoute physique parce que le théâtre ce n'est pas qu'un texte, c'est de la danse. Le LFTP est plus qu'une formation, c'est un lieu où on apprend à vivre avec les autres, avec un groupe, en mettant en commun une exigence pour raconter des histoires. Je ne les considère pas comme des élèves. Ce qui est différent ici, et qui n'existe dans aucune autre école, c'est que les élèves ont les clés. Ils prennent le plateau dès qu’il est libre . On a beaucoup de matériel (son et lumière), de costumes, d'accessoires, ce qui permet aux élèves d’être immergés dans une vraie fabrique. Quand tu passes la journée à l'improviste, il y en a de partout, ça vit, c'est un théâtre !


Comment s'organisent les études ?

La charge de travail est répartie en 30 heures de cours hebdomadaires, et autant au dehors, pendant deux ans. Avec des cours de 5h chacun minimum, on a le temps d'aller dans la matière, de travailler réellement. En première année je suis l'intervenant principal, mais ils ont training, danse, masques, yoga, et d'autres disciplines avec des intervenants différents. Chaque semaine, je demande aux élèves de me préparer une « commande » pour le lundi suivant. C'est un morceau sur un sujet, une thématique,  une œuvre … Il y a un cahier des charges très précis. Ça ressemble souvent à des sujets de philo, car pour moi le théâtre c'est de la philo, ou plutôt une zone de travail et de discussion philosophique. Je n'ai aucun regard dessus avant le rendu, c'est de la création pure. J'estime qu'avant d'être acteur, il faut avoir une conscience, une envie de réfléchir. On passe énormément de temps à échanger, on se questionne ensemble, aussi bien sur de le théâtre, qui éclaire notre pratique, que sur des sujets citoyens. Ensuite, il y a ce qu'on appelle les « auto-cours », où les élèves sont autonomes pour approfondir leurs formes, seuls ou en groupes.  En deuxième année, il n'y a que des intervenants, qui sont le plus souvent des metteurs en scène. J'essaie d'avoir 70% de
« cadres », qui reviennent chaque année, et 30% de nouvelles rencontres.  Des spectacles sont montés avec eux toutes les trois semaines, ce qui impose un rythme très soutenu. C'est dense, mais ça construit un acteur tout terrain. 

 
 
 

 

Comment se passe une journée type ?

Ils doivent être là à 9h, mais peuvent venir bien avant s'ils veulent essayer des choses avant le début du cours. Je mets en place des zones de parole le matin, ce que j'appelle les « quarts d'heure », une zone de libre expression artistique.  Ils viennent parfois reproduire ce qu'ils ont vu dans un spectacle la veille, s'emparer d'un article de presse, ou même pousser un coup de gueule s'ils en ont envie. Plus on avance dans le temps, plus cela ressemble à des formes courtes très abouties. Ensuite vient la partie atelier et recherche : le Laboratoire. On essaie des choses, on explore des situations, pour comprendre les rouages de la mise en présence. Je passe beaucoup de temps avec eux, mais on n'est pas cloisonnés : on rencontre des artistes, on va voir des spectacles plusieurs soirs par mois… Je demande un vrai engagement, pas uniquement celui de vouloir devenir interprète, mais plutôt l’ambition d’être un artiste. Pour les deuxième année le déroulement est différent, car l’essentiel du travail consiste à mettre en application les outils acquis en première année.  Ils sont immédiatement confrontés à ce qu’ils feront dehors.


Comment se passe la sélection ?

Depuis six ans, j'ai chaque année de plus en plus de candidats à l'entrée. Je ne fais pas de portes ouvertes, je trouve ça faux. Je dis aux gens de venir assister au cours, ce qui est beaucoup plus parlant, et je les rencontre vraiment. Les candidatures arrivent à partir de fin février. J'en reçois de tous âges, la plupart ont entre 18 et 25 ans, mais ça peut être plus. Je choisis vraiment au feeling, pas qu’en fonction de qualités intrinsèques. Je les auditionne sur une journée de stage, ou on commence déjà une recherche. Je prends des gens qui ont une vision humble du métier, et surtout une envie, une soif d’apprendre, de chercher, de se questionner. L'école est reconnue parce que les acteurs qui en sortent le sont.

 
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Qu'est-ce qui attend un élève à la sortie ?

Quand il sort, un élève du LFTP peut accepter par mal de choses. Le risque, quand tu sors d'école, c'est la baisse de régime, alors qu'ici tu entretiens une forme de boulimie quotidienne, il ne peut pas t'arriver grand chose. Après l'école, il y a trois possibilités : entrer dans une école nationale publique, comme c'est le cas d'environ 20% d'entre eux, mais aussi former un collectif ou en rejoindre un qui existe déjà. D'autres font un parcours solo, mais c'est de plus en plus rare. Depuis la création de l'école, beaucoup de collectifs se sont créés, qui attendent la sortie des nouveaux pour les récupérer. En six ans, deux festivals ont été lancés, ainsi qu'une multitude de compagnies. J'ai moi-même créé plusieurs spectacles et performances avec des anciens du LFTP, et les intervenants sont très attentifs aux sortants. L'école est tellement axée sur l'idée de groupe, de troupe, que les élèves réalisent naturellement qu'on ne fait pas du théâtre seul. Ils se reconnaissent entre eux et ont les mêmes outils, il y a une vraie fidélisation. Ça ne crée pas pour autant un entre-soi, ils montent aussi des projets avec des gens d'ailleurs. C'est encore trop tôt pour juger, mais les collectifs qui se forment aujourd'hui se feront entendre dans quelques années.


Des nouveautés pour l'année prochaine  ? 

L'année prochaine, je voudrais travailler davantage sur la vérité : pas  seulement celle du dire, mais celle de soi, parce que ceux qui arrivent aujourd'hui ne savent pas parler d'eux, alors que c’est essentiel. Je veux mettre en place des canevas d'improvisation sous forme de modules, pour aller encore un peu plus loin dans l'écriture de plateau, et proposer des cours axés sur les démarches administratives : comment créer un collectif, obtenir des subventions… et continuer de m’entourer de jeunes metteurs en scènes français et européens qui pensent le théâtre de demain. Pour l'instant l'école est un sacerdoce : ça me prend beaucoup de temps, mais ça me plaît. J'y mets beaucoup d'âme et d'envie, et je suis fier de l’ambiance de travail et de partage qui règne ici. 

 
 
 

Merci Maxime et à bientôt !