Julie Deliquet
Collectif In Vitro

13 novembre 2015

Infos

Naissance du collectif : 2009

Profession(s) : metteur en scène

Nationalité(s) : française

Signe distinctif :  trouve ses décors dans les vide-greniers.

 

Julie Deliquet - Collectif In Vitro

Actualité

À l'affiche du Théâtre Ouvert pour une
« Mise en voix » du texte de Mercè Sarrias, À la défense des moustiques albinos, le mardi 17 novembre 2015 à 20h30 dans le cadre du FOCUS #2 sur les écritures contemporaines.

En tournée dans toute la France et en Suisse à partir de novembre 2015 jusqu'en avril 2016 pour Catherine et Christian (Fin de partie) et le triptyque Des années 70 à nos jours.

 
Le théâtre paraît toujours moins moderne que le cinéma : les gens pensent que l’on fait encore du théâtre comme avant.
— Julie Deliquet
 

L'interview

Dans le cadre intimiste du Théâtre Ouvert, formidable lieu de création et de mise en avant des écritures contemporaines, nous avons rencontré  Julie Deliquet,  qui nous parle du collectif In Vitro, créé en 2009, ainsi que de sa vision du théâtre. 

Le collectif In Vitro © Frédéric Stucin 

Le collectif In Vitro © Frédéric Stucin 

Pourquoi faut-il aller au théâtre ?

Le théâtre paraît toujours moins moderne que le cinéma, et les gens pensent que l'on fait encore du théâtre comme avant. En réalité, il peut être encore plus moderne que le cinéma, justement parce qu'il s'agit d'un art vivant. La liberté d'expression qu'il permet en tant qu'art du direct peut bousculer le spectateur à un endroit inédit, qui est différent de tout le reste. Aller au théâtre c'est aussi instaurer un rapport à l'autre et vivre une expérience collective qui n'est pas la même. Moi qui suis passionnée de cinéma, il m'est arrivé de me retrouver devant une pièce de théâtre et me dire qu'il s'agissait de la chose la plus puissante que j'avais jamais vécue en tant que spectatrice.

Il y a une porosité entre acteurs et spectateurs : nous ne sommes pas face à un écran mais face à une fragilité humaine qui questionne ce que nous sommes au plus profond. Paradoxalement, les choses les plus ardues au théâtre peuvent se révéler les plus accessibles pour un spectateur qui n'y va jamais, car devant un texte classique, le spectateur va se dire qu'il passe forcément à côté de quelque chose, alors que les formes modernes ne sont pas forcément les plus élitistes. Le théâtre est une gymnastique, il faut y aller une fois pour s'en rendre compte. Comme pour le cinéma, il ne faut pas s'arrêter à la première expérience.

Le Théâtre Ouvert, lieu caché du 18ème arrondissement © Atelier ter Bekke & Behage

Le Théâtre Ouvert, lieu caché du 18ème arrondissement
© Atelier ter Bekke & Behage

Quelle est ta pire expérience en tant que spectatrice, et la meilleure?

J'ai eu des expériences théâtrales où le phrasé était si différent de ce que l'on peut entendre au cinéma que c'en était impressionnant. Je me disais que ce n'était vraiment pas mon truc, et que ce théâtre-là ne serait jamais accessible pour moi. Le paysage théâtral a cependant beaucoup changé en 15 ans, et aujourd'hui plusieurs formes coexistent.   

Parmi les meilleures expériences, je citerais Et soudain des nuits d'éveil d'Ariane Mnouchkine au Théâtre du Soleil, qui met en scène des réfugiés tibétains.  Avant la représentation, j'avais vu une femme manger à côté de moi, et malgré son maquillage et son accoutrement, je ne savais pas qu'il s'agissait d'une comédienne.  À un moment du spectacle, cette même femme qui était assise parmi le public s'est levée et a crié : « Il faut y aller, il faut les aider ! ». L'espace d'un instant, je me suis demandée s'il fallait que je me lève aussi. À l'époque j'avais trouvé cette proximité extraordinaire, car il n'y a qu'au théâtre qu'une telle chose peut se produire. Une autre expérience marquante serait Nord, de Louis-Ferdinand Céline, mise en scène par Frank Castorf. Les comédiens étaient entrés sur scène avec une énergie incroyable.  Il y avait au centre une énorme bibliothèque, et un train entrait par derrière, détruisant tous les livres. On avait le sentiment d'assister en direct aux dernières heures du nazisme, durant lesquelles ils allaient littéralement   « brûler » leurs dernières heures.
On éprouvait ce temps-là. 

Si tu étais en charge d'un hypothétique Ministère du Théâtre, quel serait le programme ?

S'il y avait un Ministère du Théâtre, il faudrait que l'accent soit mis sur le collectif, et sur une plus grande transparence dans les décisions qui sont prises. Les choses ont déjà beaucoup changé. Pour commencer, on s'est regroupés en collectifs, pour mettre en commun une exigence artistique que l'on avait entre nous. Peut-être est-ce parce que seul on ne peut pas faire ce métier, et que beaucoup d'entre nous se sont dit : « Soit on le fait ensemble, soit on change de métier ». Je crois que nous n'étions pas prêts à devenir des acteurs qui courent après l'intermittence. J'ai la sensation que la place du metteur en scène n'est plus la même, et qu'on assiste à un retour à la valorisation du travail de l'acteur, plus forcément en solo mais en dépendance au groupe. Dans notre collectif, il n'y a aucune trace du texte, un spectacle est un titre et treize auteurs.

Comment as-tu choisi les membres de ce collectif ?

J'ai choisi des gens qui m'intéressaient assez dans la vie pour être sur le plateau. Je voulais des gens différents les uns des autres. À eux de définir jusqu'où ils s'identifient à leur personnage. À partir du moment où ils sont sur le plateau, pour moi c'est du théâtre. Je ne suis pas leur psy.  Il y a un jeu entre le vrai et le faux sur scène qui est très intéressant. Chaque acteur projette ce qu'il veut, ce qui est réel devient le pot commun. En tant que metteur en scène, ce qui me fait le plus peur dans l'improvisation, c'est justement lorsque je vois trop où les acteurs veulent aller ! Il se passe parfois des choses extraordinaires en improvisation, mais nous ne cherchons jamais à les reproduire le lendemain ou le surlendemain : on en fait le deuil, en quelque sorte, et on se dit que ce moment, on l'a vécu avec 300 personnes, et que c'est déjà pas mal !

Peux-tu nous parler de la « Mise en voix » du texte de Mercè Sarrias au Théâtre Ouvert ?

C'est une proposition qui m'a été faite, et je trouvais ça intéressant de multiplier les expériences en dehors de notre sphère intime. C'est un texte un peu farfelu sur la crise de la quarantaine, et je trouvais ça amusant de s'emparer du texte d'un auteur.  Avant de repartir en travail de création, dans un an et demi, j'ai envie de multiplier des expériences qui seraient peut-être plus difficiles à faire entre nous. Faire ce que nous allons faire au Théâtre Ouvert le 17 novembre prochain, ce sera pour nous comme aller au théâtre ! 

Alicia Dorey


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