Isabelle,
costumière à trois casquettes

26 Février 2016

Infos

Âge : 50 ans
Profession(s) : costumière, habilleuse et assistante déco
Nationalité(s) : française
Signe distinctif : adore les chaussures rouges.

 

Isabelle Fiosi

Actus

Travaille à La Colline, part en tournée et assiste aux spectacles à partir des coulisses.
 

Un bon costume est un costume qui ne se voit pas.
— Isabelle

L'interview

Rencontre avec Isabelle, costumière à La Colline, mais aussi habilleuse et assistante déco. Dans le métier depuis 25 ans, 
elle nous parle d'un métier qui fait encore rêver, mais où les places se font de plus en plus rares.

 
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Comment devient-on costumière ?

Aujourd'hui il faut passer par une école, par exemple l'ENSATT, en habillage ou en costume. À mon époque, on passait par la formation professionnelle. J'ai commencé comme habilleuse pour payer mes études, puis de fil en aiguille j'ai commencé à coudre. Ici à La Colline j'ai un poste d'habilleuse-costumière. Le costumier intervient en amont, il s'occupe de la fabrication du costume, alors que l'habilleur intervient sur le plateau, il ajuste le costume au jeu des acteurs. Si un comédien doit se changer très rapidement entre deux scènes, il faut que sa tenue soit adaptée.


À quoi ressemble un contrat de costumière ?

Ici on est permanent, mais il y a aussi des contrats d'intermittents. Les deux coexistent. En termes d'horaires, il y a de tout, de 8h à minuit, du lundi au dimanche ! Pour moi comme pour les autres, aucune journée ne se ressemble. Les salaires varient beaucoup selon les lieux et l'ancienneté. Moi je suis là depuis 25 ans, donc je n'ai pas le même salaire qu'une costumière de base, mais tout dépend si on est à l'heure (comme souvent dans les théâtres nationaux) ou au forfait (dans les compagnies et les petits théâtres, pour éviter les dépassements horaires). De toute façon, ça ne fait pas partie des hauts salaires. On tourne autour de 2000 euros, voire plus, s'il y a des primes. C'est un métier qui attire de plus en plus de jeunes, pour un bassin de l'emploi de plus en plus réduit. Je ne sais pas si c'est un métier d'avenir. 

 

 

Raconte-nous une journée type.

Il y a DES journées types ! Si l'on prend tout le processus dans sa globalité, je travaille surtout sur les créations. Ici je suis aussi assistante déco, alors en amont, on discute avec le scénographe, on assiste aux répétitions, on lit le texte, on prend les mesures, on s'asseoit tous ensemble…et on cherche ! Un costumier n'est pas uniquement dans l'exécution des directives du metteur en scène, il a son mot à dire sur le passage de la 2D à la 3D en quelque sorte. Du papier au tissu, beaucoup de choses peuvent changer. Avant le spectacle, il y ce qu'on appelle la « mise » où tout est contrôlé, du bouton à la fermeture éclair. Pendant le spectacle, je suis parfois en coulisses, donc je n'assiste pas à la représentation. C'est un métier fatiguant, comme tous les métiers du spectacle, mais ce n'est quand même pas la mine de charbon !  


Y a-t-il une hiérarchie chez les costumiers ?

Je suis la seule costumière et il y a quatre habilleuses, en comptant la chef de service. Contrairement aux tailleurs de l'époque, on ne commence pas en étant apprenti, mais surtout en intégrant une équipe et en faisant jouer son carnet d'adresses. Le métier s'est beaucoup professionalisé dans le théâtre. Par exemple, aujourd'hui les filles arrivent avec des compétences en couture, et globalement tout va beaucoup plus vite. 

 
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Qui est le costumé-type ?

Les comédiens ont leur mot à dire, car un comédien qui n'aime pas son costume aura du mal à s'approprier le rôle. Même si le metteur en scène a une idée très précise, on ne peut pas imposer un costume à un comédien. Le costume amène du sens au personnage. Idéalement, on ne doit pas pouvoir dire qu'un costume est « bien », s'il l'est c'est qu'on ne remarque rien. On dit généralement que lorsqu'on ne voit pas le costume c'est qu'il est réussi, qu'il est tellement évident que l'on n'y pense pas. Il est très important d'établir une relation de confiance avec le comédien pour que l'on trouve ensemble le bon costume. Le facteur humain est essentiel, car tout reste très subjectif.


Quel serait ton meilleur souvenir de costumière ? 

Parmi beaucoup d'autres, il y aurait La Cerisaie de Tchekov, dans une mise en scène d'Alain Françon en 2009, juste avant son départ. C'était un très beau spectacle, avec des costumes d'époque. En tant que costumière, j'en garde un excellent souvenir !

 
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Merci Isabelle et à bientôt !