Côme de Bellescize

10 Novembre 2015

Infos

Naissance : 1980

Profession(s) : metteur en scène

Nationalité(s) : française 

Signe distinctif : s'il n'avait pas été metteur en scène, aurait pu être marin

 

Côme de Bellescize

Actualité

À l'affiche du Théâtre du Rond-Point avec  Eugénie jusqu'au 13 décembre 2015.

En tournée en région parisienne de novembre 2015 à février 2016. 

 
Il n’y a rien de pire qu’un metteur en scène qui vous dit ce que vous devez penser.
— Côme de Bellescize
 

L'interview

Quelques jours avant la première d'Eugénie, à l'affiche au Théâtre du Rond-Point, Les 5 Pièces ont rencontré le metteur en scène Côme de Bellescize, mélange de réserve et de discrétion, qui n'hésite pas à s'emparer de sujets graves pour mieux nous faire réfléchir.

Peux-tu nous parler de ton nouveau spectacle, Eugénie ?

C'est l'histoire d'un couple qui veut avoir un enfant, et à un moment le doute s'installe sur la possibilité qu'à cet enfant de naître handicapé. La spécificité de ce texte, c'est que tout ce qui passe par la tête des personnages devient du théâtre, aussi bien leurs pulsions destructrices que leurs rêves les plus fous. Il y a quelques années, j'avais créé un spectacle intitulé Amédée. C'était l'histoire d'un garçon tétraplégique qui demandait à mourir. Comme le dit Jean-Michel Ribes (Directeur du Théâtre du Rond-Point, ndlr) « Amédée c'est la vie après la vie, Eugénie c'est la vie avant la vie. » 

Pourquoi avoir voulu aborder la question de la difformité ?

Aujourd'hui, toute notre génération est confrontée à la difficulté de procréer, et à une forme de stérilité.  S'attaquer à un tel sujet, c'est une forme de masochisme, mais pas seulement. La question de la difformité, de l'étrangeté,  voire de la monstruosité permet d'une certaine manière de questionner une forme d'aseptisation et un formatage auxquels nous sommes aujourd'hui soumis. On pourrait faire la même chose sur les phobies ou le racisme, mais j'ai tout de même le sentiment que la question de la difformité a quelque chose d'essentiel, qui n'est pas moral,  et qui va puiser dans des choses profondes. Ça a été pour moi une création difficile, car en commençant les répétitions, j'étais personnellement en train de traverser cela.

Affiche du spectacle Eugénie au Théâtre du Rond-Point

Affiche du spectacle Eugénie au Théâtre du Rond-Point

Eugénie - Théâtre du Rond - Point  © Antoine Melchior

Eugénie - Théâtre du Rond - Point  © Antoine Melchior

Penses-tu que le théâtre soit aussi victime d'un formatage ?

Non, je trouve au contraire qu'il y a une grande diversité de formes. Les sujets traités dans Amédée et Eugénie sont un support pour faire du théâtre, il y a un désir de soulever des questions, mais aucune ambition d'objectivité. Je défends ici une vision subjective et personnelle qui n'entend pas apporter de réponse. J'ai toujours peur du côté « question de société » : si mon travail rejoint une question de société, tant mieux, mais je ne cherche pas à asséner des vérités. Il y a  dans la pièce des choses qui peuvent paraître fausses. Par exemple, un des personnages  imagine un interrogatoire policier durant lequel on lui présente la vie de son enfant sous forme d'un « flash forward ».  Elle voit sa fille seize ans plus tard, malmenée par un des aide-soignants dans un centre spécialisé. Nous sommes ici uniquement dans le fantasme, et pourtant il y aura toujours des gens pour me dire que je ne décris pas la réalité des centres spécialisés ! Il n'y a rien de pire qu'un metteur en scène qui vous dit ce que vous devez penser. Ce qui compte dans cette pièce, c'est ce qu'on a traversé avec cette question.

Quel a été le moment le plus marquant de la préparation
du spectacle ?

Trois jours avant la première, j'ai viré 70% de la scénographie ! C'est un peu l'histoire de ce spectacle. D'habitude, j'ai une tendance à tout bien préparer. Ici c'était le chaos complet. Je pense que parfois les thématiques des pièces imposent leurs propres formes. Là, en l'occurrence, on s'est confrontés au désordre. Il y avait des choses assez belle dans cette scénographie, mais on ne voyait pas pas les comédiens. J'ai donc fait un choix. Cela nous éloignait de l'essentiel. J'essaye de rester assez constant. Ça a été un projet vraiment particulier, toujours sur le fil, à la fois très joyeux et très inquiétant. C'était la première fois que j'expérimentais une telle chose. 

Si tu pouvais réformer quelque chose dans le théâtre, ce serait quoi ? 

Il faut se méfier des circuits fermés, qui créent une forme de déconnexion, voire un certain snobisme. 

Alicia Dorey


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