Céline Champinot,
amuse LA gALERIE

7 novembre 2016

Infos

Âge :  31 ans
Profession(s) : autrice, metteur en scène
Nationalité(s) : française
Signe distinctif : vole à tout le monde et l'assume !

 

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Actus

 On vous tiendra au courant, vous pouvez nous faire confiance.

Comprendre/pas comprendre, pour moi cela reste un grand mystère.
— Céline Champinot

L'interview

À l'occasion de la programmation de son spectacle Vivipares (Posthume) au Théâtre de la Bastille en octobre dernier, nous avons rencontré Céline Champinot, qui en signe le texte et la mise en scène !

 
 

On a adoré, mais on a rien compris.

La chose fondamentale pour moi, c’est d’abord de restituer sur papier des intuitions très fortes qui se trouvent dans ma tête, et qui — comme chez la plupart des gens — peuvent être extrêmement complexes.  J’essaie ensuite de les saisir sans les rationaliser. Lorsque j’entends qu’il s’agit d’un spectacle difficile à comprendre, c’est moi qui ne comprends pas, car pour moi tout a été tissé de façon très évidente. Il n’y a absolument rien de gratuit. Je n’écris pas toujours en étant complètement isolée. En général, les logorrhées viennent plutôt dans les transports. Le reste du temps, je vais à la bibliothèque. La vie et les gens autour viennent nourrir l’écriture. Je pense que la question de la compréhension interroge non seulement la rationalité du spectateur, mais aussi celle de l’acteur. Quand celui-ci commence à rationaliser et à jouer trop lentement, il a le temps de nourrir ce qu’on appelle un « temps psychologique » et s’éloigne de ce que l’on peut attendre du « vivant », à savoir quelque chose de beaucoup plus illogique et désordonné qu’on ne le croit. Alors oui, texte et mise en scène sont très denses, car j’additionne les signes et demande aux comédiennes de jouer vite, comme des assiettes qui tournent sur des tiges en bois. Si le spectateur a l’impression de comprendre mieux, cela se fait souvent au détriment de l’émotion ressentie. Alors comprendre/pas comprendre, pour moi cela reste un grand mystère. On me demande souvent si j’appartiens à une école, et la réponse est non, puisque je vole à tout le monde. Ceux dont je m’inspire se reconnaissent dans mes spectacles, dans une version « digérée » qui ne leur ressemble plus.


On veut pas chercher la petite bête, mais quelles sont les connexions entre Charles Bukowski, David Bowie et
Judy Garland ?

David Bowie est intervenu pour la première fois à la suite d’un des « jeux d’écriture » proposés par un ami auteur, Fabien Béhar. Ce jour-là, il m’avait demandé d’écrire sur le thème « tomber à l’eau ». Je me revois encore un dimanche soir, n’ayant encore rien écrit, attendant mon train sous la pluie à Bourg-en-Bresse, avec Bowie dans les oreilles. C’est comme ça qu’est née la chanson « David Bowie tombé à l’eau ». J’ai écrit la déclaration d’amour au gros à la suite d’un jeu d’écriture similaire, dont le thème était « Déjeuner glamour chez Flunch. » Même si leur réunion est un peu le fruit du hasard, la raison pour laquelle je conserve toutes ces choses reste qu’elles font fortement écho à des obsessions qui traversent le spectacle, comme l’androgynie pour David Bowie. Concernant Bukowski, c’est un auteur dont j’ai tout lu, et c’est son rapport à la femme qui m’a intéressée, à la fois grossier, violent, mais très direct, entier. Alors oui, il y a des problèmes de putes, d’ivresse, de nuits pourries, de pauvres femmes et de pauvres mecs, ainsi qu’une vraie caricature des rapports de pouvoir, mais tout ça me semblait presque féministe. Par la suite, j’en entendu que Judy Garland était la seule personne capable de faire pleurer Bukowski. Il y a toujours un lien d’une idée à une autre, et j’essaie d’aller jusqu’au bout des associations qui tissent la trame. Dans l’idéal, j’aimerais que le spectateur puisse sortir de la salle avec l’impression d’avoir vécu un rêve.


 

On veut pas (forcément) de scandale, mais que dire des cinq comédiennes ? 

Au départ, je n’avais pas prévu de faire jouer des filles ou des garçons. Ce n’est que dans un second temps que j’ai décidé de travailler avec les personnes les plus proches de moi, c’est à dire les filles de LA gALERIE, puis Sabine, qui est mon amie d’enfance. Louise Belmas est venue reprendre le rôle que je pensais jouer moi-même, et je l’ai engagée sans même l’avoir rencontrée ! Après, les rôles se sont répartis de manière très différente, car tout le monde ne peut pas être à la fois dans l’émission et dans la réception. Il y a une scène qui divise beaucoup, celle où Maeva est un chien, qui a parfois été vue comme une humiliation. C’est pourtant à mon sens ce que j’ai fait de plus beau dans ce spectacle, à savoir un grand moment de poésie.


On veut pas d'adresse, mais quid de ce décor invraisemblable ?

Avec la scénographe Emilie Roy, on a essayé d’inventer les lieux qui auraient pu être ceux permettant l'invention des mots du texte. Dans une autre vie, j’ai été moi-même assise dans cette scénographie. Par exemple, ce sous-sol tapissé de posters avec scène de plage et cocotiers vient d’un souvenir de collège, que l’on a un peu adapté par la suite. A l’époque, le sous-sol de ma meilleure amie était recouvert de scènes de sous-bois et ruisseaux. Je ressentais une forme de fascination pour cet endroit, et par le fait d’avoir pris la peine d’aller acheter ces posters, de les avoir découpés pour contourner l’encadrement des portes, tout ça pour un sous-sol, comme si on n’osait pas les mettre réellement chez soi, alors qu’au fond, on adore ça.

 
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On veut pas balancer, mais qui n'a pas aimé Vivipares ?

Je ne vais pas mentir, c’est un peu plus raide de jouer chez moi, à Bourg-en-Bresse, qu’au théâtre de la Bastille ou à Dijon, par exemple, où le public est plus habitué à voir des choses de ce genre. Je ne pense pas que Vivipares soit une pièce difficile pour des gens qui ne vont que rarement au théâtre. C’est d’ailleurs amusant de voir à quel point cela percute instantanément les lycéens qui viennent avec leur classe. A l’inverse, je me demande si le spectacle n’est pas plus déconcertant pour un public d’habitués, qui attend quelque chose de très précis lorsqu’il va au théâtre. Avec Vivipares, je digère une époque. Sauf sur la partie « Posthume », plus intime, dans laquelle je décris précisément ce que je vois pour la suite.

Et maintenant, je m’apprête à écrire la Bible.


Merci Céline et à bientôt !