Céleste Germe
Collectif Das Plateau

13 novembre 2015

Infos

Naissance du collectif : 2008

Profession(s) : metteur en scène, réalisatrice, architecte et dramaturge

Nationalité(s) : française

Signe distinctif :  -

 

Céleste Germe - crédits Fécilie Paurd

Actualité

À l'affiche du Théâtre Ouvert pour une
« Lecture - performance » intitulée Le début est comme une entaille autour du roman de Marie Darrieussecq,  Il faut beaucoup aimer les hommes, le mardi 17 novembre 2015 à 19h30 dans le cadre du FOCUS #2 sur les écritures contemporaines. Avec le soutien de Fabulamundi-Playwriting Europe du programme culture de l’Union Européenne

Le spectacle qui suivra cette « Lecture - performance » aura lieu au Théâtre Ouvert en septembre 2016.

 
La structure d’un spectacle doit pouvoir tenir sur un ticket de métro !
— Céleste Germe
 

L'interview

Céleste Germe est metteur en scène, dramaturge, réalisatrice et… architecte ! Elle a fondé en 2008 le collectif Das Plateau avec Jacques Albert, Maëlys Ricordeau et Jacob Stambach, et a accepté de se prêter au jeu des cinq questions.  

Qu'est-ce qui fait la spécificité du théâtre ?

Il y a dans le théâtre un rapport à l'immédiateté, c'est à dire à l'absence de medium, et donc un rapport direct entre le spectateur et le plateau. Aujourd'hui, les relations sans intermédiaire se font extrêmement rares, et le théâtre permet précisément ce rapport direct au réel. C'est à la fois un effort et une résistance. Le théâtre, c'est avant tout du temps, et faire du théâtre c'est modifier la qualité de ce temps partagé.

Si tu pouvais changer quelque chose dans le théâtre, ce serait quoi ?

Le théâtre, dans les faits, reste encore trop raciste et misogyne. Il y a peu de femmes, et peu de gens issus des minorités. A mon sens, le sexisme et le racisme sont les deux premières choses contre lesquelles il faut lutter.

Le collectif Das Plateau © Émilie Arfeuil

Le collectif Das Plateau © Émilie Arfeuil

Le début est comme une entaille  © Das Plateau

Le début est comme une entaille  © Das Plateau

Quelle est ta plus belle expérience au théâtre ?

En tant que spectatrice, le plus beau spectacle auquel j'ai assisté était peut-être Giulio Cesare de Roméo Castellucci au Théâtre de l'Odéon. Son inventivité sur la circulation du sens et de la matière nous a beaucoup influencés. Il ne représentait pas le réel, il le créait. Ce qui est drôle, c'est que sur le moment, je ne me suis pas bien rendue compte de ce que je voyais. Un an plus tard, c'est revenu d'un seul coup : je me suis rappelée que les murs de l'Odéon tremblaient, et je me suis dit qu'il avait vraiment dû se passer quelque chose ce soir-là. On est retourné voir ensemble un autre spectacle de Castellucci, P.#06 Paris, et on a été bouleversés. Il nous a aidés à comprendre ce qu'on cherchait, et notamment à affirmer cette relation entre les différentes instances du théâtre.  

Un collectif, du point de vue décisionnel, c'est comme un petit gouvernement ?

On essaye d'être tous d'accord, on a beaucoup de mal à laisser passer un désaccord. Une égalité absolue est maintenue entre nous quatre, qui portons le collectif et concevons les spectacles ensemble. Pourtant, et cela nous importe énormément, nous avons chacun nos métiers et nos rôles. Chacun prend donc, aussi, des milliers de décisions seul, que les autres ne perçoivent d'ailleurs pas toujours. 
Lorsque je suis dans mon rôle de metteur en scène,  ce que j'aime le plus, c'est réfléchir à l'agencement d'une structure. Ça vient probablement de ma formation d'architecte : il faut que je puisse visualiser un spectacle à toutes les échelles et le regarder d'en haut, d'en bas, de près, de loin... La structure d'un spectacle doit pouvoir tenir sur un ticket de métro. Il y a mille manières de penser la relation entre deux choses, et l'espace théâtral est la cavité qui permet la coexistence et l'articulation entre la lumière, les corps, la musique, le texte... qui diffère pour chaque spectacle car chaque spectacle, pour pouvoir « parler », doit d'abord créer son propre langage. Il faut aussi pouvoir se laisser surprendre, car on a toujours une idée de départ avant que le réel s'impose à nous. Il y nécessairement un écart entre ce que l'on imagine et ce qui advient, et c'est là que se crée une dynamique.

Peux-tu nous parler de la « Lecture - performance » du roman de Marie Darrieussecq, qui fera l'objet d'un spectacle au Théâtre Ouvert en septembre 2016 ?

Le début est comme une entaille est le titre que nous avons donné à ce projet préliminaire. On est ici dans le premier moment d'une création : on va montrer des couleurs, des images, des lumières, des premiers agencements... C'est à la fois le début de notre  travail et le début du texte, et ce projet s'envisage vraiment comme une sorte de court-métrage qui donnera lieu à un long métrage.  Il s'agit d'un roman qui traite d'un déséquilibre amoureux entre une femme blanche et un homme noir, tous deux acteurs à Hollywood. Ce qu'il y a de très beau dans ce texte, c'est que l'on aborde la grande Histoire par le détour de l'intime. Cela parle du racisme à l'intérieur du couple et dans notre société, mais aussi des stéréotypes de genre.  Dès que nous nous sommes emparés du projet, il n'était pas question de transformer le livre en pièce de théâtre. Ce qui était important, c'est que le texte parvienne à nous percuter, et c'est en cela que le théâtre est extrêmement puissant. Pour que la Littérature arrive sur le plateau, on ne peut pas la noyer :  ce sont le temps et l'espace qui se déploient, et c'est à nous de faire exister les mots à l'intérieur de ce déploiement. 

Alicia Dorey


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