« What if they went to Moscow ? »
d'après Anton Tchekhov

Du 1 au 12 mars 2016

Mi-figue, mi-figue

Notre avis : MI-FIGUE, MI-FIGUE

What if they went to Moscow, libre adaptation des Trois sœurs d’Anton Tchekhov, se découvre à travers deux points de vue, et en deux temps successifs : au théâtre et au cinéma. Une sensation vertigineuse, qui nous invite à revoir notre posture de spectateur.


Je ne veux plus m’excuser, ni de cette vie. Je hais ma vie.
© Maria Molhada

© Maria Molhada


La pièce en bref

Tout commence par une histoire de gommette collée sur un ticket. Orange théâtre et vert cinéma. La première moitié des spectateurs s’engouffre par le quai de déchargement, avant de se retrouver face au plateau. On y célèbre l’anniversaire de la benjamine Irina, dans un décor qui fait aussi office de plateau de tournage : le salon familial, gentiment suranné, est encombré par des caméras, des câbles et des projecteurs. Les seconds rôles - frère, amant, ou voisin des trois sœurs – font aussi bien office d'invités que d’équipe de techniciens et cadreurs, filmant sans interruption la pièce en train de se jouer. Car celle-ci est simultanément projetée dans une salle de cinéma adjacente où la seconde moitié des spectateurs vit l'expérience en sens inverse. À l’entracte, révolution ou traversée du miroir : ceux qui assistaient à la pièce sont conviés à la revoir à travers le prisme subjectif des caméras. Ceux qui étaient au cinéma vont maintenant au théâtre.  

Le procédé nous donne à voir les ressorts de la mise en scène et de la construction d’un récit. On regrette néanmoins que le dispositif écrase le véritable sujet de la pièce : le changement. Qu’il s’agisse du changement que l'on souhaite voir advenir - l'aspiration d'Irina à une vie plus intense et engagée - ou du changement que l'on subit - la peur de vieillir d’Olga ou la difficulté à faire face aux événements tragiques d’une vie (l’anniversaire est aussi celui de la mort du père), jamais la mise en scène et le texte ne parviennent à rendre compte de la complexité de ce désir. À travers ce dispositif ambitieux et parfaitement maîtrisé, la metteur en scène brésilienne Christiane Jatahy poursuit avec audace sa tentative de fusion du théâtre et du cinéma, mais manque ici de ne pas s’empêtrer dans une virtuosité vaine.

Simon Bruneel-Millon

 
 

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On a aimé 

  • La relation entre les trois sœurs, magnifiquement incarnées par les comédiennes
  • L’originalité du dispositif
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On a moins aimé

  • Le survol du thème central de la pièce
  • La maladresse des moments abordant le mal-être adolescent
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Avec qui faut-il y aller ? 

  • Un fan d'Inception ou de Nouveau look pour une nouvelle vie

Allez-y si vous aimez

  • Ne pas avoir à choisir
  • Voir deux fois le même film (à la suite)


Infos pratiques

Mise en scène  
Christiane Jatahy

Dates
1 au 12 mar. 2016

Horaire
19h30 (mar-sam)
15h30 (dim)

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Durée
3h40
(entracte de 40 min)

Adresse
Théâtre de la Colline
15 rue Malte Brun
Paris 20

Avec
Julia Bernat, Stella Rabello, Isabel Teixeira

Prix
-30 ans: 14€
+30 ans: 29€


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