« Und »
d'Howard Barker

Du 29 avril au 14 mai 2016

A ne pas manquer

Notre avis : À NE PAS MANQUER

Pour sa première incursion dans le théâtre, l’ex-cantatrice Natalie Dessay interprète le seul personnage de « Und » pièce d’Howard Barker, mise en scène par Jacques Vincey. La musicalité de sa voix, la variété de son jeu, impressionnent dans ce monologue poignant, à voir jusqu’à la mi-mai au Théâtre des Abbesses.  


Il faut regarder l’abîme. Quelque chose est perdu quand on détourne le regard.
— Howard Barker
© Marie Pétry

© Marie Pétry


La pièce en bref

La cantatrice Natalie Dessay clame depuis longtemps son désir de théâtre, sa «première vocation». Qui l’a vue et entendue dans l’Olympia des Contes d’Hoffmann d’Offenbach, dans La Fille du Régiment de Donizetti ou dans La Traviata de Verdi, n’avait d’ailleurs aucun doute sur sa capacité à brûler les planches sans chercher le contre-ut. A un peu plus de 50 ans, Natalie Dessay réalise donc son autre rêve. Elle est déjà là, comme impatiente, campée au centre de la scène, surmontée d’une perruque choucroute et moulée dans une robe rouge qui tombe au sol, quand s’ouvrent les portes de la salle. Le dispositif scénique l’exige. Natalie Dessay est cernée. Tout autour d’elle pendent des lames de glace parfois taillées en biseau façon guillotine. Elles ont commencé à fondre et ont vocation, c’est certain, à s’écraser au sol dans un délai rapide. En attendant, il pleut. «Une avalanche de pluie glaciale » qui condamne la comédienne à l’immobilité sous peine de douche froide ou pire. 

S’agit-t-il de faire fondre la glace, de se jeter à l’eau, de s’y noyer… Tout cela à la fois nous dit le monologue qui suit, complexe, comme toujours avec Barker, grand spécialiste des rôles de femmes tordues, qui laisse souvent au spectateur le soin de remplir les non-dits de son texte. Ici, l’héroïne attend un homme, son amant et/ou son bourreau. On ne sait. Elle ne le verra pas et nous non plus. La cloche de l’entrée sonne pourtant souvent : «Il est en retard. Qu’il patiente !» Lui ou d’autres cassent parfois les fenêtres : « Ce n’est pas un vandale. Il lance ses pavés avec raffinement »,  ou mettent le feu : «C’est de la fumée… Je pourrais m’affoler. Mais je ne le ferai pas. N’appelez pas les pompiers ». Au bout d’une heure, la glace tombe dru sur le plateau, la comédienne a laissé tomber robe et perruque, elle est descendue de son tabouret– il nous semblait bien que Natalie Dessay n’était pas si grande -, elle est toujours terriblement seule. Elle conclut : « S’il sonne, je répondrai. Mais il ne sonnera pas. ». Puis elle chantonne doucement le Kaddish de Ravel. La glace est bien rompue. 


Envie de plus de théâtre ?


On a aimé 

  • La musique d’Alexandre Meyer, homme-orchestre qui donne en direct à Nathalie Dessay la réplique subtile et envoutante qu’elle mérite.
  • La scénographie glacée et glaçante de Mathieu Lorry-Dupuy.
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On a moins aimé

  • L'espiègle Nathalie Dessay mérite mieux que ce rôle de statue. A quand le grand bain de la troupe, des dialogues, et du théâtre physique ? 
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Avec qui faut-il y aller ? 

  • Un(e) ami(e) lyricomane pour lui prouver qu’il y a une vie après l’opéra 
  • Un(e) ami(e) qui déteste l’eau tiède quand il va au spectacle
  • Un(e) ennemi(e) enrhumé(e) dont vous ne voulez pas hâter la guérison

Allez-y si vous aimez

  • La pluie
  • Les chauds et froids
  • Les reconversions prometteuses 


Infos pratiques

Mise en scène  
Jacques Vincey

Dates
29 avr. au 14 mai 2016

Horaire
20h30 (mar-sam)

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Durée
1h

Adresse
Théâtre des Abbesses
31 rue des Abbesses
Paris 18

Avec
Natalie Dessay

Prix
- de 30ans : 18€
+ de 30ans : 27€
 


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