« Splendid's »
de Jean Genet

Du 17 au 26 mars 2016

A ne pas manquer

Notre avis : À NE PAS MANQUER

Arthur Nauzyciel , prétendant sérieux à la succession de Stéphane Braunschweig, livre à la Colline une lecture fastueuse de la pièce de Jean Genet, voyou, gay et poète. Un spectacle - hommage qui fera date.


Si je voulais qu’ils fussent beaux, policiers et voyous, c’est afin que leurs corps éclatants se vengeassent du mépris où vous les tenez.
© Frédéric Nauzyciel

© Frédéric Nauzyciel


La pièce en bref

On est en Amérique. Au 7ème étage d’un palace, le Splendid’s Hôtel. Sept gangsters armés jusqu’aux dents – la fameuse mitraillette Thomson à chargeur-tambour de la Mafia-  y sont assiégés par la police. C’est Jeanne Moreau, reporter radio à la voix suave qui nous le dit dans le poste à lampes posé à même le sol dans le couloir : L’assaut est imminent. Aucun des malfrats ne se fait d’illusion. Ils vont tous y passer. Leurs paroles, leurs gestes, sont donc définitifs, les derniers. Ce qui restera d’eux. Ce que la radio et les journaux raconteront plus tard. « Jouons à être les gangsters que nous n’avons jamais été ». On est dans le mythe. Ils ont deux otages. Une jeune fille qu’ils ont assassinée. « Un accident ! » dit Riton, à moins que ce ne soit pour rendre tout retour en arrière impossible. Et un flic qui se prétend maintenant des leurs « pour avoir le plaisir de tirer sur ses anciens copains ». Ce qu’il fait. Le gang se déchire. Le chef John est déchu, désarmé. « -Qui t’a fait roi ? -Je suis roi de naissance – Les rois, ça se décapite! »  Il est contraint par ses complices de revêtir les habits de l’otage morte, une jolie robe en lamé qui lui va comme un gant, et d’apparaître à la fenêtre pour tromper la police et tenter de gagner du temps. Il fallait bien un travesti nommé Jean, comme Genet (mais la pièce est ici jouée en anglais), pour agrémenter cette soirée entre hommes. Le subterfuge fait long feu. John- Jean est défenestré. Scott s’interroge : « Et si on s’offrait le luxe d’être lâches, si on se rendait ? ». Le flic-otage ne leur en laisse pas le temps. Juste avant l’arrivée de la police, il retourne une nouvelle fois sa veste, et mitraille tout le monde - merveilleux ralenti digne du Tarantino de Reservoir Dogs -. À lui la gloire : « Arrivez les gars, tout le monde est mort ! » 

N’allez pas imaginer avec ça qu’on passe deux heures toutes sirènes hurlantes à patauger dans l’hémoglobine et à se protéger des rafales. Le parti-pris de Nauzyciel est tout autre. Il a fait du spectacle un hymne à la beauté de ces hommes dévoyés et déchus, et à l’amour homosexuel tel que Jean Genet le découvre dans la violence et la frustration des prisons de sa jeunesse d’orphelin délinquant, et l’exalte ensuite dans une grande partie de son œuvre littéraire. Le spectacle s’ouvre d’ailleurs par la projection d’une rareté : un film de Genet, Le Chant d’amour, 24 minutes pendant lesquelles un maton voyeur passe de cellule en cellule pour se rincer l’œil des pratiques onanistes des détenus. Et plus si affinités!


Envie de plus de théâtre ?


On a aimé 

  • Le jeu des acteurs, tous américains sauf le policier (Xavier Gallais) : la langue est scandée, le mouvement contraint. Une chorégraphie. 
  • Le décor somptueux de Riccardo Hernandez.
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On a moins aimé

  • Le parti pris américain de Nauzyciel. Après tout, même fasciné par les gangsters US, Jean Genet a écrit sa pièce en français.
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Avec qui faut-il y aller ? 

  • Un ami gay qui n’aurait pas encore lu Genet
  • Un gardien de prison ou un policier pour les distraire

Allez-y si vous aimez

  • Les gros durs
  • La poésie
  • Le Parrain, de Coppola


Infos pratiques

Mise en scène  
Arthur Nauzyciel

Dates
17 au 26 mar. 2016

Horaire
19h30 (mar)
20h30 (mer-sam)

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Durée
1h50

Adresse
Théâtre de la Colline
15 rue Malte Brun
Paris 20

Avec
Ismail Ibn Conner, Jared Craig, Xavier Gallais, Michael Laurence, Rudy Mungaray, Daniel Pettrow, Timothy Sekk, Neil Patrick Stewart, James Waterston

Prix
-30 ans: 14€
+30 ans: 29€


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