« Polyeucte »
de Pierre Corneille

Du 4 au 20 février 2016

Mi-figue, mi-figue

Notre avis : MI-FIGUE, MI-FIGUE

Brigitte Jacques-Wajeman, virtuose du vers cornélien, interroge la figure complexe du martyr à travers une élégante mise en scène de Polyeucte. 


C’est peu de me quitter, tu veux donc me séduire ? C’est peu d’aller au ciel, je veux vous y conduire.
©  Mirco Magliocca

©  Mirco Magliocca


La pièce en bref

Brigitte Jacques-Wajeman est unanimement reconnue depuis le début des années 1980 comme la spécialiste de l’alexandrin cornélien, et saluée pour ses mises en scènes virtuoses des pièces de l’auteur classique. La dernière en date, Polyeucte, soulève la question épineuse de la figure du martyr, à la fois saint admirable et dangereux fanatique. La pièce s’ouvre sur un Polyeucte heureux, prince en ce monde, jeune marié comblé par l’amour inquiet et dévoué de Pauline. Mais à peine baptisé, et sous l’influence de son ami et maître Néarque, il sent monter en lui une fervente religiosité et un profond désintérêt pour les bonheurs terrestres. Dès lors il n’a plus qu’une hâte : celle de se faire martyr et de rejoindre son créateur. Il profite d’une célébration religieuse pour démolir les idoles du temple païen, et cet acte qu’on pourrait, par un anachronisme certain, qualifier de terroriste, le mène à l’échafaud. C’est en vain si Pauline tente d’infléchir les ardeurs fanatiques de son mari, car celui-ci reste indifférent à la mort et comme à la souffrance de la chaire.

Cette pièce complexe, à l’interprétation problématique, prend une dimension particulièrement glaçante pour le spectateur contemporain, tant les discours enflammés du saint Polyeucte font écho au nihilisme des djihadistes d’aujourd’hui. On doit reconnaître à Brigitte Jacques-Wajeman le mérite d’ouvrir sans ambiguïté le dialogue entre sagesse cornélienne et l'époque que nous vivons. Les amoureux du Grand Siècle se délecteront de la représentation, mais la grande sobriété de la mise en scène rendra le spectacle difficile d'accès pour les autres. Si la fin poignante, le jeu des acteurs est parfait, mais un peut trop lisse : dans les règles de l’art, certes, mais pas pour tous les goûts. 

 
 

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On a aimé

  • L'écho inquiétant entre la ferveur religieuse de Polyeucte et celle des djihadistes d'aujourd'hui.
  • La scène finale, bouleversante.
  • Les effets musicaux, minimalistes et inquiétants.
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On a moins aimé

  • Le manque d'intensité de certaines scènes.
  • Le côté un peu élitiste de la pièce dans son ensemble. 

 

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Avec qui faut-il y aller ? 

  • Un amateur de théâtre classique

Allez-y si vous aimez

  • Les beaux alexandrins
  • Les tragédies

 


Infos pratiques

Mise en scène  
Brigitte Jacques-Wajeman

Dates
4 au 20 fév. 2016

Horaire
20h30 (mar-sam)
15h (dim)

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Durée
2h

Adresse
Théâtre des Abbesses
31 rue des Abbesses
Paris 18

Avec
Pascal Bekkar, Pauline Bolcatto,
Clément Bresson, Timothée Lepeltier, 
Aurore Paris, Marc Siemiatycki
Bertrand Suarez-Pazos

Prix
-30 ans : 18€
+30 ans : 27€


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