« Orphelins »
de Dennis Kelly

Du 6 avril au 4 mai 2016

Mi figue, mi figue

Notre avis : mi-figue, mi-figue

Chloé Dabert s'empare de la pièce Orphelins de Denis Kelly, pour tenter d'expliquer l'inexplicable :  comment des gens ordinaires parviennent-ils à commettre des actes d'une violence inouïe ? 


L’ADN, ça ne part pas ce truc-là.
© Bruno Robin

© Bruno Robin


La pièce en bref

Helen et Dany s’apprêtent à dîner. Liam, le frère d'Helen, rompt leur intimité. Face à eux, le t-shirt maculé de sang, il leur explique ce qu’il s’est passé. Il a pris dans ses bras un blessé, inconscient. Il se désole du dîner qui refroidit mais continue son récit. Il précise que ce pays est peuplé de monstres. Sa sœur se montre empathique, son beau-frère laisse poindre la panique. Helen, enceinte de son second enfant, doit protéger sa seule famille, son frère. Ce frère dont on apprendra qu’elle est prête à tant excuser parce qu’il n’a pas de chance, parce que le monde n’est pas juste. Helen cède à l'angoisse. Elle se dit prête à renoncer à sa maternité et traite son mari de lâche. Le ton monte. Liam commence à avoir chaud, évoque pakistanais et
« négros », décrit les fétiches d’un copain néo-nazi aux tendances djihadistes. L’étau se resserre. La nuit avance. L’expression de la violence croît. Liam avoue, par séquences. Il a frappé à plusieurs reprises un musulman qui rentrait chez lui, a sorti un couteau et l’a laissé à l’agonie, attaché par une corde sur un établi. De cette nuit angoissante où émergent des souvenirs familiaux sordides, où se dessine la figure humaine de la violence, où un couple se déchire, pointe la vertigineuse interrogation sur l’aptitude à continuer à vivre après cela et à désirer un enfant.

 Orphelins, du dramaturge et scénariste britannique Dennis Kelly, procède d’une écriture très cinématographique. La direction d’acteurs de Chloé Dabert maîtrise un rythme haletant. Le quasi-chevauchement des répliques, la diction très rapide, l’espace de jeu resserré donnent vie au souffle court, à une terrible nuit, à une histoire de la violence. Cependant, le code de jeu souvent trop distancé, s’il permet l’humour acide, ne sert pas assez un propos acerbe sur la banalisation du mal, sur la montée des extrémismes, sur l’avènement de la violence. De la violence qui jaillit très souvent d’une histoire d’abandon. Du trio énergique d’acteurs face à nous dans le judicieux dispositif quadri-frontal du scénographe Pierre Nouvel, Sébastien Éveno (Dany) se distingue par ses nuances, et par un personnage plus incarné. Ce spectacle fut primé lors du Festival Impatience en 2014. Nous suivrons le travail de Chloé Dabert !


Envie de plus de théâtre ?


On a aimé

  • L’écriture incisive de la pièce.
  • Le dispositif quadri-frontal qui permet d’être au plus près des acteurs.
  • La version décapante de la chanson Wicked games.
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On a moins aimé

  • Le jeu souvent trop désincarné qui oblige le texte à passer un peu en force.
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Avec qui faut-il y aller ? 

  • Quelqu’un que l’on connaît suffisamment pour éviter des confessions innommables en fin de soirée

Allez-y si vous aimez

  • Les dîners qui finissent mal
  • Les ambiances « petits meurtres entre amis »


Infos pratiques

Mise en scène  
Chloé Dabert

Dates
8 avr. au 4 mai 2016

Horaire
20h30 (mar-sam)
16h (dim)
 

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Durée
1h30

Adresse
Centquatre
5, rue Curial
Paris 19

Avec
Sébastien Éveno, Julien Honoré, Joséphine de Meaux

Prix
-30 ans : 12€
+30 ans : 15€


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