« Mies Julie »
d'après August Strinberg

Du 5 avril au 16 avril 2016

Mi figue, mi figue

Notre avis : mi-figue, mi-figue

Transposition de la Suède de la fin du XIXe siècle à l’Afrique du Sud post-apartheid. Mademoiselle Julie de Strinberg devient Mies Julie dans l’adaptation et la mise en scène de Yaël Farber. Malgré cette pertinente proposition et l’engagement des comédiens, les énergies des corps entravent les mouvements des âmes.


Bienvenue dans la nouvelle Afrique du Sud, là où les miracles nous ramènent toujours au point de départ. 
© Francis Loney

© Francis Loney


La pièce en bref

Dans la pièce d’August Strinberg, le huis clos nocturne se joue entre une jeune aristocrate, le valet et la cuisinière de son père. Yaël Farber en a fait un matériau dramaturgique pour créer Mies Julies. Plus de vingt ans après la fin de l’apartheid, dans les traces d’un passé brûlant, Julie, fille d’un propriétaire terrien afrikaner autoritaire et violent, cherche à briser avec John les espaces cloisonnés dans lesquels ils évoluent. Un homme noir et une femme blanche peuvent-ils s’aimer – vraiment - dans ce pays ? Judicieuse idée de Yaël Farber : la cuisinière chez Strinberg devient ici la mère de John et la nourrice de Julie. Dans le souvenir de l’amour de sa mère pour cette petite fille, John affirme âprement à Julie que, sur cette terre, les Blancs dépendent encore et toujours des Noirs, pour vivre bien, tenir une maison, élever et aimer les enfants. Les emportements des personnages, leurs coups de sang et leurs montées fiévreuses de désir, se traduisent avec beaucoup d’énergie sur le plateau. L’investissement physique et vocal des comédiens ne fait nul doute. Pourtant la direction d’acteurs manque de subtilité : John s’empare d’une bouteille de vin tel un viking, Julie ne cesse d’évoluer comme une danseuse, elle se jette « parfaitement » contre le mur de fond de scène (le geste est beau mais si démonstratif). L’on aurait aimé moins de juste mesure dans les pas et moins de lourdeur dans le traitement. 

Ce spectacle pointe l’espoir des nouvelles générations et constate les échecs encore présents. Les inégalités demeurent. Quelques années ne suffisent pas pour permettre la désinvolture et l’apaisement. Marie fait l’amour pour la première fois de sa vie avec John. Cet acte crée une chimère de liberté sur une terre hantée par les ancêtres. Autre bonne idée de Yaël Farber pour incarner cela, l’intervention d’un quatrième personnage chamanique, vieille femme noire au visage peint en blanc, qui ponctue la représentation de chants et de musique. Mies Julie n’évite malheureusement pas l’écueil d’un spectacle assez racoleur, parfait pour les scènes internationales (sujet percutant, ferveur des comédiens, efficace transposition). Il faut passer outre la surenchère de mouvements, le seau de sang déversé figurant l’issue fatale. Le propos, l’ambiance sonore du spectacle et les notes de saxo invitaient à plus de tourment, de gravité, d’aspérité.

 
 

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On a aimé

  • La scène d'affrontement entre la mère et le fils. 
  • L'image de fin et le son du saxo.
  • Les deux hipsters hiératiques côté cour, l'un créant l'ambiance sonore, l'autre jouant du saxo.
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On a moins aimé

  • Les mouvements trop chorégraphiés des comédiens, qui manquent cruellement de naturel.
  • L'absence d'émotion.
  • Le seau de sang.

 

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Avec qui faut-il y aller ? 

  • Une danseuse ou un musicien
  • Un ami comédien en quête d'énergie

Allez-y si vous aimez

  • La sueur sur scène
  • La beauté de la langue anglaise

 


Infos pratiques

Mise en scène  
Yaël Farber

Dates
5 au 16 avr. 2016

Horaire
20h30 (mar-sam)
15h30 (dim)
 

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Durée
1h30

Adresse
Théâtre des Bouffes du Nord
37bis bvd de la Chapelle
Paris 10

Avec
Hilda Cronjé, Bongile Mantsai, Zoleka Helesi

Prix
-30 ans : à partir de 14€
+30 ans : à partir de 18€


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