« Les applaudissements ne se mangent pas »
de Maguy Marin

Du 25 avril au 3 mai 2016

A ne pas manquer

Notre avis : À NE PAS MANQUER

40 ans de carrière, 50 ballets dont certains (May B, Umwelt) ont fait date dans l’histoire de la danse, un tout frais Lion d’Or de la biennale de Venise pour l’ensemble de sa carrière, Maguy Marin qu’on n’y avait pas vu depuis 30 ans, revient enfin à l’Opéra de Paris avec Les applaudissements ne se mangent pas, ballet de combat créé en 2002 qui n’a rien perdu de sa radicalité.  


La scène fait partie de ce monde. Ce n’est pas un lieu de divertissement.
— Maguy Marin
© Laurent Philippe

© Laurent Philippe


La pièce en bref

La scène de l’Opéra Garnier se présente comme un immense cube. Autour du plateau entièrement nu,  trois faces décorées de bandes de plastiques multicolores verticales qui tombent des cintres, à la manière de ces rideaux qui protègent des insectes les maisons pauvres du monde entier. De fait pas une mouche ne vole. La musique abstraite et lancinante de Denis Mariotte, vieux complice de Maguy Marin, installe d’emblée un pesant climat d’oppression. Huit danseurs, 4 femmes, 4 hommes, ni étoiles ni stars – Maguy Marin les a choisis dans le corps de ballet -, déboulent dans l’arène. Ils entrent, ils sortent, jamais ne s’attardent. Ils se jaugent, se surveillent, se méfient, se défient, se fusillent du regard. Ils courent, se frôlent, s’évitent, s’arrêtent pile, tombent. Puis, ils s’empoignent, se giflent, s’escaladent. Puis ils se touchent, s’enlacent, et se rejettent, repris par la défiance initiale. Surtout ne pas donner prise. Haineux ou tendres, les contacts sont toujours brusques, rapides, furtifs. Personne n’insiste. Jamais. Tantôt bourreau, tantôt victime, chacun joue ici sa peau. Et elle ne vaut pas cher. Celui qui chute est vite évacué par les autres de l’autre côté du rideau. Ou il rampe et roule lui-même vers la coulisse, puis revient, reprend la lutte, face à face, front contre front, buste contre buste et ainsi de suite, une heure durant.

Maguy Marin, fille d’émigrés espagnols ayant fui le fascisme, a gardé fidèlement de ses origines une verve militante qui traverse toute son œuvre. Quand elle crée Les applaudissements ne se mangent pas, au début des années 2000, elle a en tête l’Amérique latine. Mais la vocation de cette « pièce de colère » est aussi universelle qu’intemporelle. « Je ne me reconnais pas dans ce monde, son économie de marché, ses medias, sa consommation de masse, et ses servitudes complexes dont l’une est la guerre. Je n’accepte pas ce monde tel qu’il est ». Maguy Marin pourrait ajouter : « ce monde tel qu’il nous fait être et vivre» puisque c’est le propos même de ce ballet, magnifiquement servi par les danseurs de l’Opéra de Paris, tout en énergie et fragilité. Entre résignation et résistance. 


Envie de plus de théâtre ?


On a aimé 

  • L'’engagement des danseurs du ballet de l’Opéra de Paris, généreux et rigoureux dans cette pièce difficile à des années lumières de leur bagage classique
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On a moins aimé

  • La pâte musicale de Denis Mariotte peut devenir assourdissante. Elle offre peu de repères rythmiques ou musicaux aux danseurs qui parfois s’observent ou s’attendent ostensiblement
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Avec qui faut-il y aller ? 

  • Une voisine désagréable qui n’imagine pas l’Opéra sans tutus
  • Vos amis de « Nuit debout » qui voudraient se distraire

Allez-y si vous aimez

  • La Révolution
  • Les rideaux en plastique


Infos pratiques

Mise en scène  
Maguy Marin

Dates
25 avr. au 3mai 2016

Horaire
19h30 (lun-sam)

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Durée
1h

Adresse
Opéra Garnier
Place de l'Opéra
Paris 9

Avec
Caroline Bance, Christelle Garnier, Laurence Granier, Laurence Laffon, Emilie Hasboun, Vincent Chaillet, Nicolas Paul, Alexandre Carniato, Simon Le Borgne

Prix
Tarifs :  à partir de 25€
 


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