« L' Acte inconnu »
de Valère Novarina

Du 18 au 28 mai 2016

Une réussite

Notre avis : Une réussite

Valère Novarina met en scène son « Acte Inconnu », pièce de 2007, cette fois confiée à la troupe haïtienne de Guy Régis. Une fête du langage à la sauce créole à déguster jusqu’à la fin mai à la Maison des Métallos.  


L’homme est un alphabet capturé vivant.
— Valère Novarina
© Christophe pean

© Christophe pean


La pièce en bref

« En Haïti, on est d’abord diseur avant d’être acteur ».  En une phrase, Guy Régis, le directeur de la compagnie Nous Théâtre, nous donne la clé de l’alchimie théâtrale qui se joue là, dans cette  rencontre improbable, mais nécessaire et au final miraculeuse entre le franco-suisse Valère Novarina, et les comédiens haïtiens de sa troupe, basée à Port-au-Prince, où l’auteur a effectué deux séjours en vue de ce spectacle. Valère Novarina est un orfèvre du mot et de la phrase.  Son écriture proliférante, ludique, jubilatoire, est d’abord une interpellation : « Le mot appelle plus qu’il ne désigne ». Son verbe artistique ne théorise rien. Il n’est pas rationnel. Il vise le sensible avant le sens. D’abord comptent l’air, le son, l’intonation, l’intention, l’émotion.  Arrive ensuite éventuellement la révélation, que chacun peut débusquer pour son compte derrière l’allitération, l’assonance, la juxtaposition, la liste où la série dont l’auteur raffole.  « Parler, c’est mordre », résume Novarina.

Ce théâtre gourmand, rabelaisien, halluciné, ne pouvait que trouver de fervents adeptes en Haïti,  île tragique qui s’emploie – c’est vital-  à conjurer misère et catastrophes par une fécondité artistique multiforme sans pareille. Au pays de Frankétienne, Dany Laferrière, et Lyonel Trouillot, pour ne parler que des contemporains, on sait ce qu’écrire ou jouir des mots veut dire. Et voilà donc cette troupe de comédiens remarquables lancée dans les élucubrations de l’Acte Inconnu,  adapté et resserré pour l’occasion par Valère Novarina, succession toujours aussi inénarrable de tirades, dialogues, tableaux, et scènes, qui évoquent la condition humaine, l’aspiration à en sortir en une fête énergique et colorée du langage dont voici un échantillon. Nous sommes en campagne électorale. Tous candidats,  les comédiens se succèdent à la tribune pour un florilège de slogans creux et de lapsus savoureux : « Assez de paroles ! Des mots ! », « Avoir foi dans la confiance, prévoir un projet ! », « Votre futur est notre avenir, donnez-nous votre présent », « Faut que ça bouge ! Osez Moi ! ». Le public hilare en redemande. Nous aussi. 


Envie de plus de théâtre ?


On a aimé 

  • Tous les comédiens sans exception partagent avec Valère Novarina le goût des mots et de la diction. Ce plaisir du texte est littéralement contagieux.
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On a moins aimé

  • La première parisienne manquait de rythme, un comble pour une pièce jouée par une troupe venue d’Haïti, le pays du Compas (prononcez Kompass). Sans doute le manque de répétitions et de repères. Ca devrait s’arranger rapidement. 
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Avec qui faut-il y aller ? 

  • Un académicien, pour le distraire de son travail fastidieux sur le dictionnaire et lui faire découvrir les ressources du français
  • Un candidat à la présidentielle, pour qu’il s’en souvienne dans quelques mois
  • Un métallo CGT, pour lui montrer le beau lieu culturel qu’est devenu le siège de son syndicat

Allez-y si vous aimez

  • La médecine des mots
  • La langue dans tous ses états


Infos pratiques

Mise en scène  
Valère Novarina
Céline Schaeffer

Dates
18 au 28 mai 2016

Horaire
20h (mar-ven)
19h (sam)

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Durée
1h35

Adresse
Maison des Métallos
94 rue Jean-Pierre Timbaud
Paris 11

Avec
Édouard Baptiste, Bedfod Valès, Jenny Cadet, Jean-Marc Mondésir, Ruth Jean-Charles, Anyès Noël, Finder Dorisca, Richard Pierre

Prix
- de 26ans : 10€
+ de 26ans : 14€
 


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