« Fin de l'Histoire »
de Christophe Honoré

Du 3 au 28 novembre 2015

Mi figue, mi figue

Notre avis : Mi figue, mi FIGUE

La mise en scène du texte inachevé de Witold Gombrowicz par le cinéaste Christophe Honoré avait de nous quoi nous faire espérer le meilleur, mais aussi craindre le pire.  



Quelque chose s’est détraqué entre moi et le monde. Le monde m’a échappé. Il ne m’aime pas, et moi je ne l’aime pas.
— W.Gombrowicz
© Jean-Louis Fernandez

© Jean-Louis Fernandez


La pièce en bref

En trois mouvements, nous voilà pris entre fiction et documentaire : la famille Gombrowicz est assise dans une gare, contrainte d'attendre neuf heures durant le départ du train qui emmènera le jeune Witold vers l'Argentine. Libre et dévergondé, le discours de ce dernier est une ode à la jeunesse, mais aussi à l'immaturité. On danse, on s'embrasse, on se dispute, on s'interroge : les querelles familiales sont savoureuses, mais versent bien souvent dans une vulgarité qui finit par lasser. « Si seulement je pouvais atteindre le lieu où se crée l'Histoire ! » crie le jeune Witold.
« Facile ! » semble nous répondre Christophe Honoré, alors que tous les personnages se muent en une cohorte de philosophes : Fukuyama, Marx, Kojève, Hegel et Derrida, aucun ne semble manquer à l'appel. L'idée était intéressante, mais en dépit de l'intelligence avec laquelle chacun des interprètes défend sa théorie, difficile de ne pas se laisser distraire. Après deux mouvements durant lesquels la gêne le dispute à l'ennui, un troisième vole à notre secours. Basculant dans l'uchronie, nos philosophes entrent dans la peau de Daladier, Chamberlain, Mussolini et Hitler, reconstituant sur scène des accords de Munich un peu particuliers. Au cours d'un partage de l'Europe haut en couleurs, chacun va pousser la chansonnette, se moquer des faiblesses de son voisin, tourner en dérision le démantèlement de la Tchécoslovaquie… Ce pourrait être indigeste. C'est pourtant très drôle.

Véritable cancre de la mise en scène, Christophe Honoré fait ici preuve d'une grande hardiesse. En bon lecteur de Gombrowicz, il prend un malin plaisir à mettre en œuvre un concept cher à l'auteur polonais, dit de « l'encuculement », qui consiste à infantiliser les adultes que nous sommes, à grands renforts de plaisanteries scabreuses et d'anecdotes historiques invraisemblables. Nous ressortons de ce spectacle agacés, contrariés, crispés, mais tout de même un peu séduits par tant d'audace et d'effronterie.

Alicia Dorey


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On a aimé

  • La merveilleuse reconstitution du hall de gare, signée Alban Ho Van.
  • Les hommes d'états affublés de costumes d'autruche.
  • L'interprétation d'un tube de Francis Cabrel par Joseph Staline.

On a moins aimé

  • L'œuvre de Gombrowicz n'est plus qu'un prétexte, et la beauté de son écriture échappera aux non-initiés.
  • Le personnage de Witold, ici plus danseur que comédien.

Avec qui faut-il y aller ? 

  • Un  ami qui ne se plaint jamais.

Allez-y si vous aimez

  • L'Histoire du XXème siècle
  • La variété française
  • L'humour potache

Infos pratiques

Mise en scène 
Christophe Honoré

Dates
 3 au 28 nov. 2015

Horaires
20h30 (mer-sam)
19h30 (mar)
15h30 (dim)

Durée.png

Durée
3 h
 

Adresse
Théâtre
de la Colline
5 rue Malte Brun
Paris 20

Avec
Jean-Charles Clichet, Sébastien Éveno, Julien Honoré, Erwan Ha Kyoon Larcher, Élise Lhomeau, Annie Mercier, Mathieu Saccucci, Marlène Saldana

Prix
-30 ans : 14€
+30 ans : 20€


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