« Annabella (Dommage que ce soit une putain) »
de John Ford

Du 18 mars au 17 avril 2016

Une réussite

Notre avis : À NE PAS MANQUER
-sélection MARS 2016-

Annabella, la pièce de John Ford originellement intitulée Dommage qu’elle fut une putain ! mise en scène par Frédéric Jessua, s’installe pour un mois à Vincennes au Théâtre de la Tempête, qui n’a jamais si bien porté son nom !


Faut-il parce que je suis son frère qu’on m’interdise de coucher avec elle ?
©  Frédéric Jessua

©  Frédéric Jessua


La pièce en bref

La dernière fois qu’on avait entendu cette exclamation, « Dommage qu’elle fût une putain ! », c’était fin 2014 dans la voix du regretté David Bowie qui en fit le titre d’une chanson dédiée au centenaire de la grande guerre. C’est bien de l’amour, ou du désir, conçu comme une guerre sans merci, qu’il est question dans la pièce de John Ford, à ne pas confondre avec le réalisateur américain. Sa pièce, à qui Maeterlinck donne le titre d’Annabella, prénom de l’héroïne, dans sa traduction de 1895, avait et conserve de quoi décoiffer durablement tous les tenants de l’ordre moral. Annabella, donc, entretient une relation incestueuse avec son frère jumeau Giovanni. Par ailleurs courtisée par d’innombrables prétendants prêts à tout pour la mettre dans leur lit et enceinte - de son frère-, elle « sauvera son honneur » en épousant l’un d’eux, Soranzo, qui découvre sitôt le mariage consommé la grossesse de sa femme. Il entre dans une colère noire : « Sale truie, matrice à bâtard, dis-moi qui est ton amant, ou je te réduis en purée ! » En termes galants, ces choses-là sont dites. Soranzo n’aura pas à s’exécuter. Giovanni, démasqué, lui coupe l’herbe sous le pied, assassine sa sœur et maîtresse, lui arrache le cœur, puis dans son élan, règle son compte à Soranzo, et tombe sous les coups de Vasquès, serviteur machiavélique de Soranzo, avant d’avoir pu mettre lui-même fin à ses jours, comme semble-t-il il en avait l’intention.

Autant dire que ce final chargé d’hémoglobine a tout de l’étal de boucherie avant fermeture, ou du champ de bataille après la guerre.  Encore cette synthèse rapide fait-elle l’impasse sur les intrigues secondaires, toutes plus cruelles, empoisonnantes ou saignantes les unes que les autres. La jeune troupe réunie par Frédéric Jessua (oui, le fils du cinéaste Alain Jessua) a parfaitement capté l’énergie ravageuse et mortifère de la pièce de Ford, qu’il a lui-même traduite et adaptée – très librement - avec Vincent Thépaut. D’une tragédie bien trop tarabiscotée pour être crédible, ils ont choisi de faire une farce gore totalement débridée. Le rythme est époustouflant, les comédiens s’en donnent à cœur joie. Ils sont à la fois émouvants, impitoyables et drôles. Un régal pour qui n’est pas allergique à la viande saignante.


Envie de plus de théâtre ?


On a aimé

  • L’esprit de troupe qui règne dans cette distribution. La joie de jouer ensemble transpire à chaque instant sur le plateau, totalement communicative
On a moins aimé.png

On a moins aimé

  • Les intermèdes musicaux ou chorégraphiques, parfois bâclés. Certes, il faut souffler de temps en temps, mais que viennent faire là les Moody Blues et leur « Nights in White Satin » ?  

noun_152984_cc.png

Avec qui faut-il y aller ? 

  • Un(e) ami(e) coincé(e) pour le/la détendre
  • Un(e) ennemi(e) végétarien(nne)

Allez-y si vous aimez

  • La liberté


Infos pratiques

Mise en scène  
Frédéric Jessua

Dates
18 mar. au 17 avr. 2016

Horaire
20h30 (mar-sam)
16h30 (dim)

Durée.png

Durée
1h50

Adresse
Théâtre de la Tempête
La Cartoucherie
Paris 12

Avec
Jean-Claude Bonnifait, Baptiste Chabauty, Elsa Grzeszczak, Frédéric Jessua, Thomas Matalou, Tatiana Spivakova, Vincent Thépaut 

Prix
-26 ans : 12€
+26 ans : 20€


Merci de nous avoir lus, maintenant allez-y !